Le monde du vin produit énormément de données et en publie très peu. Les rendements, les prix de transaction, les volumes revendiqués, les résultats d'analyse restent le plus souvent dans des systèmes fermés. Il existe pourtant un socle public, gratuit et réutilisable — y compris commercialement — que presque personne n'exploite.
Cette page recense ce socle : 7 jeux de données ouverts et 5 logiciels libres. Chaque entrée précise ce que contient la ressource, sous quelle licence, et surtout ce qu'elle ne permet pas de faire — c'est généralement l'information qui manque ailleurs.
🌿 Comment cette page est vérifiée
Les jeux de données ont été contrôlés via l'API de data.gouv.fr, les logiciels via l'API de GitHub : licence déclarée et date du dernier commit. Aucune entrée n'est ajoutée sans que sa licence ait été lue. Si vous constatez qu'une licence a changé, signalez-le par la page contact.
Les jeux de données ouverts
Historique des surfaces, cheptels et opérateurs bio
La série de référence sur l'agriculture biologique française, de 2008 à aujourd'hui, par commune, EPCI ou département. Contient la production « raisin de cuve », qui isole la vigne à vin du raisin de table.
C'est la source de notre page sur le vignoble bio. Le fichier départemental fait 20 Mo et couvre toutes les productions agricoles : prévoyez un filtre sur le code groupe VI.
Référentiel des produits sous signe officiel de qualité (SIQO)
La liste exhaustive des AOC, AOP, IGP et STG françaises, avec le secteur, la catégorie de produit, le comité régional d'instruction et l'état de publication.
Attention au périmètre : le secteur « viticole » inclut les eaux-de-vie, cidres et rhums. Filtrez sur les catégories commençant par « Vin » pour obtenir les seules appellations viticoles.
Délimitation parcellaire des AOC viticoles
Les contours géographiques, à la parcelle, des aires de production des AOC viticoles. C'est la donnée qui permet de savoir si une parcelle donnée est éligible à une appellation.
Fichier géographique lourd, à ouvrir dans un SIG. Croisé avec un fond cadastral, il répond à la question « cette vigne est-elle en appellation ? » sans passer par un intermédiaire.
Parcelles en agriculture biologique déclarées à la PAC
Les parcelles déclarées en bio dans le cadre de la politique agricole commune, département par département, avec leur géométrie et leur culture.
Complémentaire du fichier de surfaces : là où celui-ci agrège, celui-là localise. Utile pour cartographier la densité du bio dans un vignoble donné.
Parcelles certifiées bio sur CartoBio
Les parcelles dont la certification bio est effective, telles que remontées par les organismes certificateurs dans l'outil CartoBio.
La donnée la plus proche du terrain, mais dont la couverture dépend de l'adoption de CartoBio par les certificateurs : ne la lisez pas comme un recensement exhaustif.
Base collaborative mondiale de produits alimentaires : codes-barres, ingrédients, allergènes, labels déclarés. Les vins y figurent, avec la mention des sulfites et les logos revendiqués.
Les données sont saisies par les contributeurs : la couverture du rayon vin est inégale et les labels sont déclaratifs, non vérifiés. Excellente pour le prototypage, à recouper pour une publication.
OpenStreetMap — parcelles de vigne
Les surfaces cartographiées comme vignes, via l'attribut landuse=vineyard, avec parfois le nom du domaine, l'appellation ou le cépage.
Interrogeable en quelques lignes avec l'API Overpass. La couverture est très bonne dans les vignobles réputés, plus lâche ailleurs : c'est une donnée bénévole, pas un cadastre.
Les logiciels libres
L'outil qui permet aux organismes certificateurs et aux exploitations de gérer le parcellaire bio. Interface et API sont publiées en libre, ce qui est rare pour un outil de certification.
Utile pour comprendre comment la donnée bio est produite avant d'atterrir dans les fichiers publics — et pour reprendre le modèle de données si vous construisez quelque chose d'approchant.
Un ERP agricole complet et libre : parcellaire, interventions, traçabilité, stocks, comptabilité. Une des rares alternatives libres aux logiciels viticoles propriétaires.
L'installation demande de vraies compétences techniques. En contrepartie, un domaine garde la main sur ses données d'exploitation au lieu de les confier à un éditeur.
Le système d'information géographique libre de référence. Il ouvre directement les fichiers parcellaires de l'INAO, le registre parcellaire graphique et les exports d'OpenStreetMap.
C'est l'outil qui transforme les jeux de données ci-dessus en cartes exploitables : superposer une aire d'appellation et des parcelles bio y prend quelques minutes.
Un atelier de nettoyage de données tabulaires : détection de doublons approximatifs, réconciliation de libellés, transformations en masse.
Indispensable dès qu'on croise deux sources qui n'écrivent pas les noms de la même façon — « Côtes-du-Rhône » et « Cotes du Rhone », par exemple.
Le moteur de requêtes d'OpenStreetMap : il permet d'extraire précisément les objets voulus sur une zone donnée, sans télécharger la planète entière.
L'interface overpass turbo permet de tester une requête dans le navigateur avant de l'automatiser. Trois lignes suffisent à extraire toutes les vignes d'un département.
Ce que « libre » et « ouvert » veulent dire ici
Les deux mots ne désignent pas la même chose et le raccourci coûte cher. Une donnée ouverte est une donnée que vous pouvez télécharger, réutiliser et rediffuser, y compris dans un produit commercial, sous réserve d'en citer la source. Un logiciel libre est un programme dont le code est accessible, modifiable et redistribuable.
Trois licences reviennent dans cette page, et elles n'engagent pas au même degré.
| Licence | Ce qu'elle autorise | Ce qu'elle exige |
|---|---|---|
| Licence Ouverte (Etalab) | Réutilisation libre des données, y compris commerciale | Citer la source et la date de la dernière mise à jour |
| ODbL | Réutilisation et adaptation de la base | Citer la source et partager la base dérivée aux mêmes conditions |
| MIT, BSD | Usage, modification et redistribution du logiciel, y compris dans un produit fermé | Conserver la mention de copyright |
| GPL, AGPL | Usage, modification et redistribution du logiciel | Publier les modifications sous la même licence ; l'AGPL étend l'obligation à l'usage en ligne |
La différence la plus lourde de conséquences est celle entre MIT et AGPL. Intégrer du code MIT dans un produit propriétaire ne pose aucun problème ; intégrer du code AGPL dans un service en ligne oblige à en publier le code source. Ce n'est pas un détail juridique : c'est un choix d'architecture.
Ce qui manque cruellement
Un annuaire honnête doit aussi dire ce qu'il n'a pas trouvé. Quatre trous sont particulièrement gênants pour qui veut travailler sérieusement sur le vin bio.
- Les volumes, pas seulement les surfaces. On sait combien d'hectares sont engagés en bio ; on ne sait pas, en donnée ouverte, combien d'hectolitres en sortent ni combien sont réellement commercialisés en bio.
- Les registres de certification exploitables. L'annuaire de l'Agence Bio permet de vérifier un opérateur à l'unité, mais il n'existe pas d'export ouvert et stable de l'ensemble des domaines viticoles certifiés.
- Les données de traitement. Les quantités de produits phytosanitaires utilisées, y compris le cuivre en bio, ne sont pas accessibles à l'échelle de l'exploitation, pour des raisons de secret statistique compréhensibles mais handicapantes.
- Les prix. Aucune donnée ouverte ne permet de suivre le différentiel de prix entre vin bio et vin conventionnel dans la durée.
Ces manques expliquent en partie pourquoi le débat public sur le vin bio tourne si souvent à l'opinion : les faits vérifiables s'arrêtent aux surfaces. Notre page sur le vignoble bio en tire le maximum, et dit explicitement où elle s'arrête.
Comment nous utilisons ces ressources
Deux pages de ce site sont entièrement calculées à partir des jeux ci-dessus, par un script qui télécharge les fichiers d'origine, les agrège et regénère le contenu. Aucun chiffre n'est recopié à la main, et la date de génération est affichée sur chaque page.
- Un fichier de déclaration des sources, avec pour chacune l'identifiant du jeu de données, sa licence et son URL de secours.
- Un script de téléchargement qui interroge l'API de data.gouv.fr pour résoudre l'URL courante de la ressource — les URL de fichiers changent à chaque publication, une URL en dur se périme en quelques mois.
- Un script d'agrégation qui filtre, additionne et produit un fichier de synthèse compact.
- Un générateur de pages qui construit les tableaux, le graphique et le texte à partir de cette synthèse.
C'est plus long à mettre en place qu'un copier-coller, et infiniment plus solide : quand l'Agence Bio publie un nouveau millésime de données, la page se met à jour en trois commandes au lieu d'être réécrite.
À retenir
- 7 jeux de données ouverts et 5 logiciels libres utiles au vin, licences vérifiées.
- La Licence Ouverte autorise la réutilisation commerciale ; il faut citer la source et la date.
- MIT et BSD s'intègrent dans un produit fermé, l'AGPL non : la distinction est structurante.
- Les volumes, les prix et les registres de certification restent des angles morts de l'open data viticole.
- Résoudre les URL de ressources par l'API plutôt que de les figer évite qu'un script meure en six mois.
Questions fréquentes
Peut-on réutiliser ces données dans un site commercial ?
Oui pour la Licence Ouverte et l'ODbL, à condition de citer la source. L'ODbL ajoute une obligation de partage à l'identique si vous rediffusez une base dérivée.
Faut-il savoir programmer pour exploiter ces jeux ?
Pas nécessairement. Un tableur suffit pour les fichiers tabulaires de l'Agence Bio, et QGIS permet d'ouvrir les fichiers géographiques sans écrire une ligne de code.
Ces données sont-elles fiables ?
Celles de l'Agence Bio et de l'INAO sont des données administratives issues de contrôles : elles sont solides, avec les limites de méthode que nous détaillons sur nos pages de données. Open Food Facts et OpenStreetMap sont collaboratives : très utiles, mais à recouper avant publication.
Pourquoi si peu de logiciels spécifiquement viticoles ?
Parce qu'il y en a peu. Le marché est dominé par des éditeurs propriétaires, et les rares initiatives libres restent portées par de petites équipes. Nous ne listons que ce que nous avons pu vérifier.